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Comment oublier son ex quand on est enceinte et que l’enfant n’est pas de lui ?

C’est malin, j’ai encore rêvé de lui. Lui qui s’en fout, lui qui vit une “histoire d’amour qui l’apaise et le rend heureux” ailleurs. C’est que moi, je suis la championne. Championne de la sécurité, championne des bons choix et du conformisme. Avec une histoire pleine de colère, d’imagination, de distance, de séparations et de vantardise, comment ne pas préférer un bon petit plan ronflant maison-boulot-bébé ?


C’est que moi, j’ai été élevée avec des poupons et des maisons pour mes playmobils. Puis vers 6 ans, j’ai été traumatisée par un divorce, comme tout bon millénial qui se respecte. C’est que moi, je crevais de peur à l’idée d’être seule. Plutôt que d’affronter la solitude, j’affronte aujourd’hui ma propre vie. Elle est si polie et lisse qu’elle me pète à la gueule ce soir.


En plus, j’en ai marre de mon boulot, comme tout le monde j’imagine. J’ai oublié le temps où je me lissais les cheveux juste pour qu’il y passe ses doigts plus facilement. C’est drôle, j’ai versé dans une époque où Sébastien me dit “mais j’adore ta tignasse, moi les meufs aux cheveux lisses je me dis autant caresser un chat”. Il est bien gentil Sébastien, il a eu la décence de me draguer avec mes 12 kilos de plus par-rapport à la dernière fois qu’il m’avait vue. Les ravages de la Depakote, qui n’a pas fait mieux que la grossesse. En bref, y’a toujours une bonne raison pour prendre du cul.


Donc, comment faire ? C’est une excellente question, à se poser un dimanche soir devant un paquet de Ferrero et un vieil ordinateur lent comme la mort. Au moins ça m’occupe, à part ça je n’ai plus qu’à renifler dans mes manches pour la dix millième fois et à m’entendre dire que je mange trop de chocolats. On ne peut plus rien faire dans ce monde parfait du couple heureux.


On ne peut plus s’empiffrer, même pas à noël, on ne peut plus parler de son ex, on ne peut plus dire que c’est de l’humour, on ne peut plus offrir des cadeaux à la mauvaise taille, on ne peut même plus faire de diabète gestationnel tranquille ! Il y a des chemins de vie qui mènent en prison, il y en a beaucoup en réalité. Alors on écoute de la musique en espérant s’évader un peu, mais moi les paroles me plongent dans une nostalgie épaisse et grumeleuse. Alors on se balade à la campagne, mais moi je suis tellement ailleurs que je ne reconnais pas les bruits autour de moi, est-ce que c’est un cheval ou un hélicoptère qui est passé la dernière fois ? Aucune idée, je n’ai vu ni l’un ni l’autre.


C’est fâcheux tout de même cet état, ça doit faire 3 mois que je n’ai pas changé les draps avec tous ces souvenirs qui m’empêtrent et me rendent débile. 4 mois et demi de grossesse, et la peur toujours, toujours, toujours, que l’échographie révèle une anomalie, que le PQ soit maculé de sang, que mon beau-père me refile le Covid.


Pour ça c’est gagné, avec 38 de fièvre et en étant cas contact il a quand même trouvé le moyen de nous inviter à dîner. Je ne sais pas ce qu’il lui faut ! Résultat j’ai eu beau faire la gueule, mon énervement n’est pas passé depuis. Me voilà, le pull plein de morve, emplie de haine, entourée d’interdits, à me demander mais putain, mais comment on fait ?


On fait avec je crois. Comme on fait avec les familles recomposées, les Lequenois d’un côté et les Groseille de l’autre. Les messes et les chants religieux le matin, la clope à table et le Coca-cola au moment du déjeuner. Les Pèlerins, la Croix et autres joyeusetés pour le goûter et les théories du complot une fois le soir venu. Un peu difficile de naviguer entre les deux cultures. On pourrait emporter en bagage pas mal de grossophobie, une pincée de racisme et une once d’homophobie ; mais aussi un cancer du poumons, quelques dettes et un penchant pour l'illettrisme : y’a de quoi faire.


Je ne sais pas de quoi je me plains, rien n’a grâce à mes yeux. Ni le confort ni l’aventure, ni l’abnégation ni la lutte, ni la paix ni la guerre. Une aubergine dans le ventre après tout, c’est le meilleur de ce que je pouvais tirer de ce paysage. Une aubergine qui bouge et qui donne des petits coups à l’occasion. Une aubergine qui va devenir une pastèque, puis qui va me déchirer pour sortir.


J’espère pouvoir lui offrir autre chose que cette rancoeur infernale ! Que j’aurai assez de miel, un tant soit peu de sucre en réserve, pour lui donner le goût de cette vie bancale. Accroche-toi minou, tous les autres je les déteste mais toi je t’aime déjà.

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