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Comment trouver un bon mari ?

Par Anne-Claire.


Very bad trip, c’est le début de notre histoire. Pourtant, ce n’était pas de la chope en pleine fumette ou un réveil près de la cuvette avec un inconnu dans mon lit. Non, c’est tout simplement le film que l’on a été voir. Drôle de choix me direz-vous ? Pas d’autres séances disponibles et au moins, on n’a pas de complexes à se concentrer sur autre chose que l’écran…

Tout a commencé un petit peu plus tôt. D’après ses dires, Aurélien m’a vu franchir les portes de la rédaction et s’est dit « Celle-là c’est peut-être la femme de ma vie, je la veux ». Il s’est renseigné auprès de radio stagiaire sur ma vie amoureuse, ou plutôt ma non-vie amoureuse de l’époque. Deux tournages ensemble, la promesse d’apprendre tous les potins du bureau autour d’une crêpe (on ne m’appelle pas « miss potin » pour rien) et il m’a eue. Premier baiser sur les quais au pied de Notre-Dame.

Le hic c’est que ma coloc’ de l’époque avait des vues sur lui. Sachant que j’avais déjà un passé : j’avais piqué la première histoire d’amour d’une autre amie. Bref, je marchais sur d’autres plates-bandes. Mais j’ai poursuivi sur ma lancée. L’appel de ses yeux bleus était trop fort. Moi qui m’étais promis que jamais, ô grand jamais, je ne sortirais avec un journaliste (trop coureur de jupons), je reniais tous mes principes. Et pourtant, on ne se connaissait pas.

J’ai douté.

Lui traversait une passe difficile. Des galères de boulot. Il m’appelait pour être réconforté. Et moi je doutais encore plus : serais-je capable de l’aider sur le long terme ? Etait-il instable ? Serait-il toujours aussi déprimé ? (la suite de l’histoire montrera toute l’ironie de ces questions !) Je rêvais d’un roc auquel m’amarrer pas d’être la bouée de sauvetage de quelqu’un.

Mais on a continué.

Tout l’été son ex m’a narguée. Il se trouve qu’elle était en CDD pile là où je travaillais. Super le guet-apens !

Premier week-end au bord de la mer. Cliché, je sais. Deuxième guet-apens. Pour mettre les voiles, il fallait passer récupérer la voiture chez ses parents. Il m’a juré que je ne les verrais pas. Evidemment, eux m’ont vu. J’étais piégée, je n’ai pas décoléré du trajet.

A côté, il y avait tous ces moments rêvés. Des premiers baisers, des mains qui se frôlent, des bras qui m’enserrent. Il était drôle, il me faisait rire. Une complicité était en train d’éclore. On construisait nos premiers souvenirs à deux.

Les vacances sont passées. Ma dernière année d’études s’est profilée. Il était à mes côtés. Lui, le journaliste, s’est fondu dans notre groupe d’étudiants en journalisme. Il m’épaulait, il m’apprenait à filmer, à monter (oui je vous voir venir avec votre sourire graveleux, on parle bien de montage vidéo). Le vendredi et le samedi soir, il venait descendre avec nous des pintes de mauvaise qualité dans le bar d’à côté.

De nombreuses premières fois se sont enchaînées. Et un jour, on a débouché le champagne. Premier appart’. A nous Paris ! Du haut de notre septième étage, on pouvait en voir ses toits. Qu’importe que la chambre et le salon ne fasse qu’un, qu’il n’y ait pas de différences entre le canapé et le lit. C’était chez nous (et surtout chez le chat, ne l’oublions pas !).

Entre temps, je suis devenue journaliste moi aussi. Fini les stages. J’avais un vrai job. Même s’il n’était qu’à durée déterminée. Lui aussi enchaînait les contrats dans différentes chaînes de télévision. On jonglait avec nos emplois du temps, nos horaires décalés, nos week-ends travaillés.

Un jour, je suis rentrée d’un reportage à l’étranger épuisée. Sept heures de décalage horaire, plus de quinze heures de trajet. Un gros bouquet m’attendait sur la table, notre chat m’a envoyé un texto ; nous voilà partis sur un jeu de piste à deux qui s’est terminé au pied de Notre-Dame : « Veux-tu être ma femme ? ».

Tout d’un coup, j’ai eu peur. J’ai dit oui.

On a célébré ça dans un restaurant de fruits de mer. Le menu à deux nous faisait les yeux doux. Ah, sauf que le prix visiblement ce n’était pas pour les deux mais à l’unité. Bon tant pis, ce serait le resto le plus cher de notre vie. Sauf que les deux cent euros d’huitres ont terminé dans la poubelle de Châtelet. On avait trop mangé. Nous voilà fiancés, que c’est romantique !

J’avais toujours peur. J’ai profité de mes deux derniers mois de jeune femme non mariée pour expérimenter la liberté. J’ai filé travailler en Corse pendant que lui restait sur le continent. Entre nous, l’océan. Mais il me manquait terriblement.

Un vendredi je suis rentrée, il m’attendait au pied de l’avion. Le lendemain, à la mairie je lui ai dit oui. Je n’avais plus peur. Je souriais. C’était donc ça le bonheur ? Ces bulles de joie dans les regards de nos familles, de nos amis, dans les nôtres surtout !

Quatre mois plus tard, je lui ai redit oui. L’Eglise était pleine, l’instant suspendu. Je n’avais d’yeux que pour lui, mon mari.

Merci Saint Joseph, je t’avais demandé un mari gentil, drôle, attentionné et surtout avec les yeux bleus. Tu m’as exaucé. (Petit guide pratique à l’usage des non-catholiques, Saint Joseph est bien plus efficace qu’une appli de rencontre et lui n’envoie pas des photos de sexe nu en guise d’accroche !)

Notre premiere année de mariage, on s’est croisés. On faisait de la garde alternée pour le chat. Lui voyageait aux quatre coins du monde, moi aux quatre coins de la France.

Et puis la preuve d’amour. Je suis mutée. Dans un bled paumé. Moulins-sur-Allier. A mi-chemin entre Nevers et Clermont-Ferrand, la diagonale du vide. Il m’a suivi.

Il rêvait d’un bébé. Moi, je n’en savais trop rien. Partagée entre ma peur et le désir de liberté. Il a gagné, Maxence est arrivé.

Et là le chamboulement complet. A côté, le mariage ce n’est vraiment rien. Le chat n’en a pas mangé pendant trois jours (et quand on sait à quel point le chat aime ses croquettes, je peux vous dire que c’est exceptionnel !). Il continuait ses allers-retours à l’autre bout du monde, à l’autre bout de la France, et moi j’assumais : le bébé, les nuits hachées, les pleurs sans s’arrêter…

J’ai craqué.

Il a tout annulé pour être à mes côtés. Le voilà père au foyer. Et moi, je sombre. Un premier psychiatre pose un diagnostic : dépression post-partum. Les mois s’enchaînent, je ne me relève pas. J’oscille entre dépression et angoisse. Je passe à côté de mon bébé. Parfois du répit, pendant des semaines, des mois et puis je replonge. Lui est près de moi. Mon roc, mon pilier. Je ne supporte plus d’être séparée de lui. Nous voilà unis pour la vie, nous voilà unis toutes les nuits.

Au milieu de ce tourbillon : des étincelles de bonheur. Les premiers sourires, les premiers pas… ! Et puis une escapade tous les deux à Rome, on redevient jeunes amoureux le nez au vent, l’estomac gourmand et de la glace plein les dents.

Une autre psychiatre, un deuxième diagnostic : bipolarité. Je lui dis qu’il peut me quitter, qu’il mérite quelqu’un d’autre que moi, quelqu’un de mieux, pas malade. Il me rétorque qu’il est amoureux, qu’il a peur de me perdre, qu’il a signé pour tout :

« Je promets de te rester fidèle, dans le bonheur et dans les épreuves, dans la santé et dans la maladie, pour t’aimer tous les jours de ma vie ». Je m’agrippe à lui. Ses bras sont mon meilleur remède.

Dix ans d’amour. Et un constat : je n’aurais pu rêver mieux que lui et que ses yeux bleus (très important la couleur des yeux vous avez noté !).

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