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J'admire ces gens : manifeste pour les "eux-mêmes"

Par Olga.


J'admire ces gens qui vivent.

J'admire ces personnalités qui, sans rien demander, sans rien reprocher, sans rien chercher à prouver, affichent fièrement un amour outrancier à l'égard de ce qu'elles sont. Mieux encore, à l'égard de ce qu'elles veulent être.


J'admire ces gens qui vivent selon leurs propres règles. Sans blesser personne, si ce n'est l'avis inébranlable de quelques hygiénistes regrettant encore le temps ou les femmes n'avaient pas le droit de vote, ou les homosexuels n'avait pas le droit de se jurer fidélité pour la vie.

Une personne aux attributs sexuels masculins, et qui arbore pourtant une manucure bariolée, un chemisier - parfois, une ligne de khôl noir sous les yeux - souvent, une grande bienveillance - toujours.


J'admire ces gens, ces femmes, ces hommes, ou "celles et ceux" qui ne sont ni l'un ni l'autre, affranchis des yeux de la rue, de la famille, des positionnements pervers des réseaux sociaux, théâtre des plus belles initiatives, mais également des plus grands drames sociaux.

Parlons-en, des belles initiatives. On nous crie de vivre, d'aimer son corps, d'être ce que l'on veut être. Mais sortez de chez vous habillé.e.s différemment de d'habitude. Certains diront que c'est l'adolescence, la crise de la trentaine, de la quarantaine, le burn-out, le café, la cigarette qui vous a grillé le cerveau ; d'autres diront que c'est l'influence de la société sur votre faible esprit ; d'autres encore trancheront : "Tu veux juste te faire remarquer".


Vous avez déjà probablement tous pris la voiture, en conducteur, en passager. Lancés à 130 km/h sur une autoroute divisée par un séparateur central, vous avez vu des petits corps hirsutes, sans vie, laissés à la merci des éléments en attendant que la vitesse et le vent aient raison de leur silhouette famélique.

Ces petits animaux, abrutis par le bruit assourdissant des voitures, étourdis par la violence des vents, ou simplement sonnés par un réveil trop brutal, ont un dénominateur commun. Ils se sont lancés sur la route sans voir le séparateur central.

Mais une fois arrivés devant, il était trop tard. Les voitures sont partout. Les bourrasques déstabilisent les bêtes, le bruit les désoriente. Et se jetant d'une voie à l'autre, elles finissent bien souvent percutées par un véhicule. Elles n'avaient pas les armes pour se battre, mais elles ne le savaient pas.


J'admire ces gens qui voient venir les voitures, mais qui, plantés au milieu de l'autoroute de la Liberté Absolue de l'Être, ne craignent personne. Et à la défiance des hygiénistes, des homophobes, des misogynes, des racistes, répondent d'un énorme sourire, d'une manucure colorée, d'une teinture capillaire aux reflets de soleil couchant. D'un amour d'eux-mêmes que rien ne peut plus abattre.


Pendant que moi-même, assommée, étourdie, sonnée par les critiques et les qu'en-dira-t'on, m'interdis des pensées, des vêtements, des comportements.

Mais que personne n'abandonne. Vous êtes, je suis et c'est déjà une grande victoire. Vous avez survécu jusqu'ici pour lire mes itérations, j'ai survécu jusqu'ici pour les écrire. C'est une première victoire. D'autres suivront. Notre sourire, notre résilience, nos cicatrices. Voilà nos armes. Celles que rien ne perdra.


Ces gens-là en ont aussi. Ils ont, eux aussi, tenté des traversées d'autoroute qui ont échoué. Ils se sont pris rafales, bourrasques, voitures, séparateurs centraux et vents contraires. Mais se relevant chaque fois plus forts, ils ont appris que faute de déconstruire ce séparateur en béton, ils peuvent s'asseoir dessus.

Nous le devons à celles et ceux qui, avant nous, ne sachant se battre avec les bonnes armes, ont été sacrifiés sur l'autel de la Discrétion comme méthode de survie sociale. Ce n'est plus une option.

Comment ces gens-là, il faut crier, aimer, se révolter, mettre des couleurs, emmerder les emmerdeurs. Vivre.

J'admire ces gens-là.

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