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L'anti-dépression

Par Elise.


Le chocolat noir ne m’a jamais été d’aucune utilité, d’ailleurs je n’aime pas ça (je l’aime bien gras moi, le chocolat). La méditation, ça m’énerve, je suis incapable de procéder à mon introspection plus de trente (abominables) secondes. Ecrire, oui, bien sûr, mais quand c’est pour s’enfoncer dans des détails noirs et gluants, il y a un côté plus déprimant qu’autre chose.


J’ai connu une situation contraire à la dépression, mais extrêmement dangereuse, qu’on appelle l’hypomanie. Dans un état second, infoutue de dormir, de réfléchir ne serait-ce que pour aligner deux idées, j’ai tout tenté pour me distraire du vide qui m’envahissait : l’aquarelle, les films, le tricot, la promenade, j’ai même fini par prendre une douche pour reprendre mes esprits. Mais ç’aurait été trop simple. En réalité, l’aquarelle s’est transformée en mot d’adieu, les films se sont déroulés sans moi, les mailles du tricot se sont emmêlées, mes pieds n’ont pas pu me porter jusqu’aux urgences et j’ai failli me noyer dans la douche. Une vraie réussite.


Alors que faire, l’apologie des antidépresseurs, de la manie, prendre du magnésium en espérant que ça passe ? S’il y avait un remède, ça se saurait. En fait, je crois bien que ça commence à se savoir. La clé serait dans sa relation aux autres.


Un faisceau d’indices m’amène à le penser, en premier lieu desquels l’étude sur le suicide de Durkheim. Il met à jour, grâce à son analyse sociologique, la raison principale de ce phénomène : l’isolement. En deuxième lieu, les perchoirs de la Maison Perchée m’apportent quelques éléments de réponse. D’abord, ils sont des lieux d’échanges, preuve qu’il y en a besoin. Ensuite, des débats y ont lieu sur l’ego, sur l'orgueil et sur l’estime de soi. Les égos surdimensionnés côtoient des estimes très basses, ce qui peut paraître paradoxal. En fait, si le “moi” prend trop de place, alors la relation avec les autres s’efface et c’est elle qui peut procurer cette estime. Rien d’étonnant, donc, à cette apparente contradiction. Enfin et en troisième lieu, mon expérience personnelle.


Je n’ai pas voulu déranger. Je n’ai plus voulu qu’on me remarque. J’en ai eu marre des amours brisées, des amitiés bousillées, des relations indomptées, de me forcer, de les forcer. Au lieu de ressasser mes vieilles rengaines, j’aurais pu appeler à l’aide. Le suicide, c’est une urgence. Urgence, je ne sais plus me positionner parmi mes pairs. Urgence, je m’imagine que je suis seul(e). Urgence, je ne sais pas comment me faire épauler.


Assumer de saisir une main tendue requiert beaucoup d’humilité. Il faut mettre sa fierté de côté quand, sortant trempé(e) de la douche, les genoux tremblants, un nanar en fond sonore, une lettre d’excuses rédigée, une pelote hirsute en main, on accepte d’être vu(e) dans cet état et on demande “peux-tu m’accompagner ?” Aux urgences, dans la vie, pour un moment, peu importe. Juste le temps qu’il faudra.


Si l’enfer, c’est les autres, l'anti-dépression, c’est la relation avec cet enfer. Il ne s’agit pas d’y aller, mais de faire avec. Oui ils peuvent être pénibles, maladroits, moralisateurs, et avoir une foultitude d’autres tares, mais on trouve toujours un(e) ou plusieurs diamant(s). Les bijoux naissent de la fournaise, ils sont taillés, polis, cerclés, comme ces “autres” sans qui je ne serais plus là aujourd’hui.


Alors merci, mon enfer.


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