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Le frisson

Mis à jour : janv. 20

Par Sam.


Le frisson.


Le frisson unique de chacune de mes émotions. Qui me traverse, me dépasse pour finalement me submerger.


Qu’il s’agisse de joie, de colère, de tristesse, de peur, je le sens monter le long de ma colonne vertébrale, comme un serpent dangereux, insidieux.


Je le crains, le redoute. J’ai peur de perdre face lui et que seuls subsistent mes démons, mes

monstres cachés sous mon lit. Une main, des doigts qui s’insinuent le long de ma jambe, remontent le long de ma cuisse et je frissonne d’impuissance. Mon cri reste bloqué dans ma gorge, les muscles paralysés, j’obéis au frisson. Il me domine. Alors je cesse de lutter et les ténèbres m’avalent. Le poil hérissé, les cheveux dressés, je suis une défaite.


Au fond du trou, je ne trouve pas d’issue. Il y fait sombre, les parois sont lisses, et à chaque fois qu’il me semble trouver une issue, le frisson me saisit à nouveau et je ne peux plus rien faire.


J’entends soudain une voix, un souffle chaud dans mon cou. Comme une trace de vie et je frissonne à nouveau.


J’ai envie d’abandonner et de lâcher prise. Le frisson gagnerait et je n’aurai plus à me battre. Le laisser gagner encore et encore. Mais vient toujours de moment où mon cri sort enfin de ma gorge.


Alors la chaleur gagne en intensité et je vois la lueur d’une lumière. Quelque part, au fond. Le frisson tente encore de s’immiscer dans mon esprit. Il se dit plus fort, plus puissant. Il me jure qu’il gagnera quoiqu’il arrive et que je ne serai jamais libre. Je ne veux plus le croire. Je veux croire la voix douce, la voie douce sur laquelle une autre vie est possible. Loin des monstres et des démons. Une vie loin du frisson.


Je sais qu’il est là. Il veille. Me surveille. Attend la moindre faiblesse. Je l’entends, il me dit que tout ça n’est qu’une illusion, que je crois gagner mais je perds un peu plus chaque jour et que bientôt, il sera juste derrière moi. Je pourrais sentir le long de ma colonne son venin glisser en moi comme il s’est glissé en moi. Mon cri restera comme toujours dans ma gorge et personne ne viendra me sauver.


Je frissonne. Parce que j’ai peur. De ma propre folie, de ma propre faiblesse. J’ai peur de n’être plus qu’un frisson perdu si loin dans les ténèbres que personne ne pourra me sauver.


S’il gagne, que restera-t-il de moi, à part quelques lignes dans des carnets. On m’oubliera comme je me serais oublié.


Je frissonne. Parce que je veux vivre. Loin des ténèbres et pourtant si près du précipice. Un pas de travers, une parole ou un geste de trop et je peux basculer.


Chacune de mes émotions est un piège dont je peux ressortir perdue à jamais. Parce que chaque frisson est une menace.

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