• godestlise

Les étiquettes

Par BL.


Je n’ai jamais aimé les étiquettes,

Sauf celles que ma grand-mère cousaient sur les vêtement

Pour les colonies de vacances, pour me distinguer d’un autre enfant.

Vous comprenez : on ne mélange pas les torchons et les serviettes !

Les étiquettes m’ont toujours grattées, je ne les supportais pas.

Je regardais ma marâtre découper les étiquettes pour ses enfants à elle,

Alors je faisais pareil. Et c’était encore plus coupant.

Comment font les autres pour supporter ce bout de vêtement ?

Il sert à beaucoup ce petit morceau.

Il indique la taille, le sexe, à quel degré le laver, la marque.

J’ai été comme une enfant sans marque.

A tel point que si on m’offrait un vêtements de marque,

J’allais vendre mon T-shirt Guess à la brocante au moins fortuné.

Je refusais qu’on me trouve belle, juste parce que je portais

« La Marque »

Je voyais ces princes et princesses, fiers d’exhiber leur monnaie,

Marcher fiers, et distendus, tels des monarques.

Jamais compris. Je sais d’où venaient mes habits.

De mon frère, d’autres enfants de ma famille devenus adultes,

Après je suis allée découvrir les fabuleux trésors

Des magasins de seconde-main.

J’achetais, pour 2 ou 3 €, des vêtements de marque.

Quand je les portais, on me disait « wahou, où est-ce que tu l’as acheté ? »

Selon la personne en face de moi, à l’intérieur, je rigolais.

Il existe des gens comme moi, qui une fois dans leurs vêtements se sent trop étroits,

Donnent leurs vêtements aux associations.

Ces vêtements que j’ai tant aimés, portés avec passion,

Est-ce que ça pourra ravir, cette petite fille ou petit garçon ?

Si vous regardez ma garde-robe, quand je fais un effort de rangement,

Vous verrez que je choisis soigneusement mes vêtements.

Ils n’ont pas de marques, tout est calculé.

Celui-ci c’est pour séduire, allez hop, on ajuste le décolleté

Celui-ci c’est pour l’entretien d’embauche, un classique noir et blanc

Quand je vais balader, les gros pulls de mon chéris, les moches

C’est ceux dans lesquels je me sens mieux.

Pour revenir aux étiquettes, c’était encore pire de les couper.

Un jour j’ai bien examiné la structure : elles sont cousues.

Je n’étais pas bien habile de mes mains.

Alors j’ai fait des trous dans mes vêtements, et je les portais,

A 18 ans.

Les pimbêches se moquaient : pourquoi as-tu des vêtements troués ?

Sale gosse de riche, pensais-je, c’est toi qui va-t-occuper d’handicapés ?

Nous étions en orthophonie, censées accueillir toutes les formes d’humanité.

Je ne voyais que des piailleries et des comparaisons sur la beauté.

Alors j’ai essayé de coudre, à ma manière, avec une toute petite boîte de fils,

Et quelques aiguilles en fer.

C’était pas joli, je ne comprenais pas le sens.

Je cousais à l’envers.

J’ai eu beau regarder des tutos, je n’y arrivais guère.

J’ai demandé à ma maman,

Elle m’a répondu t’as qu’à apprendre à le faire.

Un jour j’avais même trouvé une couturière.

Mais je n’aime pas conduire, trop loin,

Et il y avait tant à repriser.

Alors un jour j’ai pris un cours de couture,

J’ai failli me retrouver prisonnière.

Puis j’ai découvert le cutter.

Je ne m’en sépare plus jamais.

Il me permet, fil à fil, de les détacher, sans forcément découdre

Mais je ne sais toujours pas rapiécer mes vêtements

Ma pensée évolue, et non sans en découdre !

Alors maintenant je me dis qu’il est grand temps,

De n’acheter que mes propres vêtements,

Ceux où je me sens bien.

Ceux où je me sens moi.

Où les étiquettes ne grattent pas.

1 vue0 commentaire

Posts récents

Voir tout