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Mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu ?

Dernière mise à jour : 7 févr.

Par Anne-Claire.


« Chronique d’une bipolaire catholique »

« Dis donc, vous dans la vie vous avez une sacrément bonne étoile », me lance ma psychiatre. J’hésite, je réfléchis cinq secondes et je me lance : « Vous savez, moi je ne crois pas qu’il y ait de hasard, je suis catholique, je crois que Dieu veille sur moi ». « Eh ben, avec tout ce qu’Il vous fait subir ! », me rétorque-t-elle du tac au tac. Là, ça devient plus compliqué : « Non mais je ne pense pas que ce soit Dieu à l’origine de ma maladie, au contraire c’est un appui ». « Oui, la foi ça doit vous aider », se radoucit-elle.


N’empêche, elle n’a pas tort. Dieu, qu’est ce que tu fous ? Tu es où quand je suis au fond du trou ? Quand je n’arrive plus à me lever de mon lit, que je n’ai envie de rien ? Quand j’ai tellement peur que j’en vomis d’anxiété ? J’ai souvent entendu : « Dieu ne nous envoie que des épreuves qu’on peut surmonter ». Oui mais non, je ne suis pas d’accord. Moi, parfois je n’y arrive pas, je n’en peux vraiment plus. « Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et moi je vous donnerai le repos », est-il écrit dans l’évangile. Je l’attends toujours mon repos.


Pourtant, je suis catholique. Je l’étais petite fille, j’ai tout laissé tomber à l’adolescence et je le suis redevenue vers 15 ans. Grâce à une simple rencontre. Un moine lumineux qui a accueilli mes questions, mes doutes et ma colère contre tous ces cathos hypocrites qui vont bien sagement à la messe tous les dimanches mais qui sitôt sur le parvis bavassent sur untel ou unetelle… (depuis j’ai mis de l’eau dans mon vin car la catho hypocrite c’est moi parfois, je vais tous les dimanches, ou presque, à la messe mais mon comportement est loin d’être tous les jours catholique). Je me suis dit : s’il a donné toute sa vie à Dieu et qu’il me semble loin d’être con ou illuminé, c’est qu’il y a peut-être quelque chose derrière ? Alors timidement, j’ai interrogé le Ciel : « Y’a quelqu’un là-haut ?! ». Et en guise de réponse, cette expérience inexplicable, une petite voix intime qui me chuchote « N’aie pas peur tu ne seras plus jamais seule » (je

sais, ça peut paraître fou dit comme ça, et même si je n’entends pas des voix, « folle » je le suis un peu) et la certitude Dieu m’aime.


Depuis, je n’ai jamais lâché. Ou plutôt, Il ne m’a jamais lâché. J’ai eu mes périodes grenouille de bénitier, messe tous les jours et chapelet. Et puis les périodes un peu plus dissipées : un « Notre Père » et un « Je vous salue Marie » récités sur un coin de table, une messe un dimanche sur deux. Mais je suis restée fidèle. Si je fais le compte, voilà 17 ans que j’ai la foi, pas mal non ?


Par contre, tout ne s’est pas exactement passé comme prévu. Je m’étais promis de choisir l’homme de ma vie dans le vivier des catholiques pratiquants. Et puis, je suis tombée amoureuse. Lui, la foi ça lui parlait vaguement. Dans sa famille, ils ne mettaient pas les pieds à la messe, ni pour Noël ni pour Pâques. Bon, petite consolation, il était scout depuis presque dix ans. Si ce n’est pas un signe d’appartenance à la meute des fans de Jesus ça.

Alors comment dire, mes bien beaux principes de « On va attendre le mariage » ont quelque peu volé en éclats. Surtout qu’on s’est mariés au bout de quatre ans de relation, un peu long comme période de disette ! Je n’ai pas su résister à son corps musclé (si tu me lis chéri, je t’aime). Les quatre ans se sont plutôt transformés en quatre longs mois de combat. Déjà, il a accepté. Si ce n’est pas une belle preuve d’amour ça.


Et puis, il a toujours respecté mes croyances. Petit à petit, il m’a même accompagné sur ce chemin. Il s’est rendu à la messe une fois tous les mois, puis une fois par semaine, puis c’est même lui qui m’a botté les fesses quand j’étais fatiguée « Allez, on se bouge, on va à la messe sinon tu vas culpabiliser et le regretter ». Comble du bonheur ; il m’a offert pour Noël un week-end de retraite en couple dans une abbaye (j’ai des goûts bizarres en matière de cadeaux, je vous l’accorde). Prochaine étape :

l’enrôler dans l’équipe de préparation au mariage (chéri, si tu me lis toujours, tu sais quoi m’offrir pour Noël prochain).


Dans la continuité, notre petit bonhomme de trois ans, bientôt quatre, a été baptisé. On peut dire qu’il a été dressé depuis sa naissance à croire. Déjà, il a droit à sa messe dominical. Une fois passé le stade « je cours dans toute l’église et je cherche à attraper les bougies que j’aperçois (bêtise !) », il aime bien chanter « Alléluia » à tue-tête. Il a un certain nombre de bibles illustrées et autres joyeuses bondieuseries. Ce qui donne par moments droit à des échanges un brin complexe : « Maman, pourquoi Jésus il est mort ? ». « Ben parce qu’Il t’aime mon chéri ». « Oui mais pourquoi s’Il est mort, Il est partout et même dans mon coeur ? » « Euh, en fait Il n’est pas vraiment mort, Il est ressuscité » Son moment préféré ? Lorsqu’on récite la prière à Saint Michel Archange et qu’on termine par « Saint Michel Archange, de ton épée défends-nous » en mimant le geste (cette fascination pour les épées… par pour l’ange hein…).


Moi, si je suis fascinée, c’est plutôt dans le mauvais sens du terme. Depuis trois ans et demi, bientôt quatre, je me demande ce que j’ai fait au Bon Dieu. Oui, parce que c’est bien beau la dépression et l’angoisse mais s’Il est tout puissant, pourquoi Il ne me guérit pas ? Si j’ai la certitude d’être infiniment aimée par Lui, pourquoi ça ne suffit pas à me rendre heureuse, profondément sereine et apaisée ? Pourquoi une dépression, pourquoi la bipolarité ? C’est quoi ça une catho bipolaire, ça sert à quoi ? Pour le coup, personne ne m’a chuchoté la réponse.


Il y a pourtant de quoi dire « Merci ». J’ai une famille aimante, un mari au top (chéri tu remarqueras je dis vraiment du bien de toi, tu n’oublies pas hein pour mon cadeau de Noël ?!), un petit garçon trop mignon, des amis en or. Et ça ne suffit pas. Même avec Jésus dans la poche, la maladie psychique ça ne pardonne pas. Le miracle n’a pas lieu.

Et puis Dieu t’es où quand je séjourne en hôpital psychiatrique ? Quand je vois tous mes compagnons de galère écrasés par le poids de la vie. Quand certains sont au point où ils veulent la quitter cette vie. Il est passé où ton repos ? Tiens, par exemple, les insomnies, tu m’expliques ?


Je n’ai pas de réponses. Personne ne m’est apparue pour me rassurer ou m’apaiser. J’ai pu voir Dieu dans la main tendue d’un inconnu ou d’un de mes proches. Dans une parole réconfortante, dans l’humanité d’un médecin. Dans la paix retrouvée après m’être confessée. C’est peut-être ces cinq secondes là qu’il me fallait pour oser avouer à ma psychiatre que oui je croyais, que j’étais bien une grenouille de bénitier. Contre vents et marées.


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